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29 avril 2016

Critique #60 : Journal d'un loser — Un asocial dans le déni mais bourré d'humour


Journal d'un loser

JESSE ANDREWS

10/18, 5 novembre 2015
Lu en VO

Amazon / Booknode / Goodreads


Greg a 17 ans. Au lycée, il rêve de devenir célèbre et de faire parti d'un groupe, mais il a du mal à communiquer avec les autres, à l'exception de son copain Earl. Tous deux partagent la passion du cinéma et rêvent de tourner leurs propres films. Aussi, lorsque sa mère le pousse à tenir compagnie à l'une de ses anciennes camarades de classe gravement malade, Greg est tétanisé. Pourtant, grâce au cinéma, une amitié insolite va lier Rachel, Earl et Greg. Entre rires et larmes, un petit bijou à lire absolument !




J’ai vu l’adaptation cinématographique de ce roman, sans savoir que c’en était une d’ailleurs. Et j’ai trouvé ça excellent, drôle, à vif, réaliste, loufoque, triste… mais vraiment excellent. Mention spéciale pour l’acteur principal soit dit en passant. Et j’ai appris bien plus tard que c’était un roman. Après quelques recherches, j’ai vite constaté que beaucoup de lecteurs avaient trouvé la traduction française bâclée, alors j’ai décidé de me lancer sur la VO. Et à ce titre, j’ai mis la couverture originale pour cet article, mais vous pouvez retrouver la couverture française en cliquant sur le lien « Booknode »... ou « Amazon ».

Ce livre est un melting pot de plusieurs styles différents, et donc de plusieurs temps différents. C’est très surprenant mais aussi excellent. Je comprends parfaitement que certains puissent se sentir un peu désorientés par ce jeu de styles mais j’adore la façon dont Greg, notre héros, met en scène son histoire.

Ah… ce Greg, un loser ? Je dirais plutôt un marginal, un asocial même. Alors, vous me direz, comment s’attacher à quelqu’un qui passe son temps à fuir les autres et à les dénigrer ? Tout simplement parce que Greg, dans le fond, n’est pas un mauvais bougre, loin de là. C’est un brave type, drôle, inventif, original, passionné de cinéma et expert dans l’art de passer totalement inaperçu au lycée et de n’appartenir à aucun groupe. C’est bien là toute la particularité de Greg, c’est qu’il ne sait pas à quel groupe il appartient alors à défaut, il essaye de faire profil bas pour ne pas être pris à parti par l’un des nombreux groupes sociaux de son lycée, vous savez ? Les gothiques, les intellos, les sportifs… Bien sûr, c’est extrêmement réducteur de sa part et il va très vite se rendre compte à quel point il avait tort… mais pour cela, il aura fallu l’intervention de Rachel.
La gentille Rachel, inclassable, sympathique et pourtant banale. Elle connaissait Greg lorsqu’ils étaient petits mais ils se sont éloignés naturellement, parce que Greg est un handicapé des sentiments, au sens large du terme, incapable d’avoir un ami. (Pour Earl c’est une autre histoire) Seulement voilà, Rachel est atteinte d’un cancer, et la mère de Greg, dans sa grande bonté, pense que ce dernier pourrait lui redonner le sourire… Comme ça, ça a l’air d’une énième histoire d’ado cancéreux et de bons sentiments. Mais c’est loin d’être le cas, et ça ne va pas se passer comme prévu, c’est le moins que l’on puisse dire. Je ne peux vraiment pas m’appesantir sur le sujet parce que c’est le cœur même du roman, mais c’était… excellent.
Le seul véritable ami de Greg, ou en tout cas, c’est lui qui le dit, c’est Earl, un garçon étrange, vulgaire, qui vit dans une maison avec ses nombreux frères et demi-frères, et qui participe activement à la vente de drogue à Pittsburg. Pour le coup, j’ai du mal à cerner ce personnage. Il est lunatique et je ne parviens pas à voir où il veut en venir quand il se lance dans une idée, mais il partage les goûts de Greg en matière de cinéma, et il va également lui filer un sacré coup de pied aux fesses. Je ne l’apprécie pas, mais il joue un rôle important et il fait preuve de plus de maturité que notre héros.
Greg est entouré d’une famille des plus farfelues, sa mère est attachante et drôle mais elle a une fâcheuse tendance à mettre les pieds dans le plat quand il ne faut pas. Son père est un obscur professeur qui passe son temps à tester de nouvelles créations culinaires tout à fait incertaines. Et ses sœurs… lui pourrissent la vie exactement comme des sœurs pourraient le faire.
Ils forment un tableau atypique mais très drôle et attachant.
Bien d’autres personnages vous attendent dans ce roman, et certains sont vraiment plus excentriques que d’autres.

Mais le point fort de ce livre, c’est son univers. Le contexte dans lequel il a été écrit. En fait, il est présenté comme le roman qu’est en train d’écrire Greg, pour raconter cette période de sa vie où tout a changé pour lui. C’est inventif et ça donne lieu à des paragraphes à mourir de rire. D’autres m’ont sérieusement donnée envie de mettre des gifles à ce vaurien de Greg, tant il est obstiné et têtu. Mais au fond, je ne pouvais que m’attacher à lui, parce que ça parle à n’importe quel lecteur qui a connu cette période au lycée, où on subit plus qu’autre chose. Même si, à la base, c’est un roman qui est plutôt destiné à des adolescents, je n’ai eu aucun mal à m’identifier au héros parce que je suis passée par les mêmes phases que lui, à ceci près que je n’ai pas connu d’amie malade mais des proches. N’empêche que j’ai compris pourquoi Greg faisait ça, et que j’avais terriblement envie de le soutenir, d’être à ses côtés, de le baffer même.



— Greg, mon héros.

— Très original, tant sur le fond que sur la forme.

— Un thème réinventé avec brio.


Un pur chef d’œuvre, un vrai. Pas besoin d’aller chercher des tournures de phrase alambiquées, prenez un ado renfermé et asocial, une famille loufoque, un ami borderline et une ex-connaissance atteinte d’un cancer… et la très mauvaise idée, et en même temps brillantissime, de mélanger tout ça… et vous obtiendrez ces mémoires. Drôles, acerbes, déchirantes mais toujours justes.
Après l’avoir terminé en anglais, j’ai eu envie de voir ce que ça donnait en français. Et je dois admettre que ce n’est pas si terrible que ça, mais tous les petits traits d’humour, noir ou pas, de Greg ont été un peu édulcorés, ce qui rend le texte plus léger, à tort. Sans parler des insultes, qui ont totalement disparues, ou presque.
Donc, et pour terminer, je vous ordonne de lire ce livre, parce qu’il est très bien, bien sûr, il faut être un peu à l’aise avec le thème mais sinon, c’est parfait. Privilégiez la version originale en anglais si vous le pouvez, c’est excellent et vraiment accessible. Mais sinon, en français c’est déjà bien !



Exceptionnellement bon !



4 commentaires:

  1. C'est très spécial et c'est pour ça que j'ai adoré !

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    1. Ah oui, ça pour être spécial, c'est spécial ! ^^
      Contente de voir que tu as apprécié, c'est un roman qui en a bousculé plus d'un(e) ;-)

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  2. J'ai bien envie de tenter, j'espère aimer autant que toi ! =)

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    1. Tu as bien raison !
      C'est vraiment un bouquin qui se détache complètement des schémas classiques dans ce genre de livres. Et Greg est un personnage tout à fait atypique ;-)

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