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8 mai 2016

Critique #64 : Les dents de la mer — Les chicots de la mort


Les dents de la mer

PETER BENCHLEY

Archipoche, 6 avril 2016
(1ère édition en juin 1974)

Amazon / Booknode


Été 1975, sur l’île d’Amity, peu avant le début de la période estivale. Un soir, une jeune femme un peu éméchée abandonne son petit ami qui s’est assoupi sur la plage pour aller se baigner.
Mais, après quelques brasses, elle se fait happer par un grand requin blanc venu des profondeurs. Son cadavre mutilé sera retrouvé le lendemain matin sur la grève.
Début de la psychose… D’autant qu’un enfant disparaît peu de temps après, qu’un homme est dévoré vivant par le squale…
Faut-il interdire l’accès à la plage ? Les autorités sont partagées. Seul consensus : il faut éliminer le monstre. Quint, le pêcheur, Brody, le chef de la police, et Hooper, le jeune océanographe expert en requins – et en femmes – vont alors engager une lutte sans merci contre le monstre mangeur d’hommes.




Je n’étais pas née lorsque le film est sorti et quelques années plus tard, je suis tombée sur le livre dans un carton de bouquins dont ma mère voulait se séparer, je devais avoir dix ans, et ma mère a refusé catégoriquement que je le garde et le lise. Sur le coup, je n’ai pas compris mais je n’ai jamais pu oublier cette couverture… Et quand je l’ai revu le mois dernier, j’ai craqué…

En ouvrant « Les dents de la mer », j’ai découvert un texte au passé et à la troisième personne, dans un style très soigné, à l’ancienne, avec de nombreuses descriptions et contextualisations. C’est une plume qui ne tourne pas autour du pot, dure et glaciale. Aussi glaciale que ce squale affamé…

Brody est le chef de la police d’une petite station balnéaire : Amity. C’est vraiment un brave type, heureux de sa vie, mais coincé entre une femme, plus jeune, qui regrette sa jeunesse mondaine, des collègues bons à rien mais amicaux et des élus locaux chatouilleux pour tout ce qui concerne la santé économique de la station. Alors forcément quand un grand blanc à la taille exceptionnelle vient piocher dans le grand buffet qu’est la plage d’Amity, Brody se retrouve malmené entre le Maire qui refuse de fermer les plages, les commerçants qui craignent pour leur saison, les touristes à la recherche de sensation forte… C’est lui le plus responsable et c’est malgré tout celui qu’on écoute le moins… ou en dernier recours.
J’aime beaucoup Brody, c’est une figure paternaliste et rassurante, pleine de bon sens. Très terre à terre.
Il y a pas mal de personnages dans le roman, mais je préfère me concentrer sur une poignée seulement qui, à mon sens, sont les plus importants.
Comme Ellen, la femme de Brody, qu’on retrouve mêlée à une intrigue secondaire surprenante mais pas forcément désagréable. Elle a vécu une jeunesse dorée en passant chaque saison estivale sur les plages d’Amity. Et plutôt que d’épouser un richissime « Fils de », elle a craqué sur le séduisant jeune flic : Martin Brody. Elle est intéressante dans la mesure où elle cristallise les problèmes de cette génération. Il ne faut pas oublier que le livre a de l’âge maintenant, mais si on se remet dans le contexte, c’est excellent.
On ne peut pas parler d’Ellen sans parler de Matthew Hooper, ce jeune ichtyologiste de 25 ans, lui aussi issu d’une jeunesse dorée et tout à fait représentatif des pensées écologiques de l’époque, bien qu’il ne soit pas non plus très engagé. Il a, en quelque sorte, suivi une mode, ce qui l’a conduit à étudier les poissons et plus particulièrement les requins, et qui l’a inexorablement conduit à Amity.
Je terminerais par vous parler de Quint, qui apparaît réellement dans la troisième et dernière partie du roman. Ce vieux pêcheur renfrogné a plus d’un tour dans son sac (ou dans ses bidons) pour chasser le requin, quelle que soit sa taille.

Le roman est donc divisé en trois parties, chacune mettant en avant certaines intrigues ainsi que les personnages associés, mais Brody reste le personnage clé de toute l’histoire, de même que Monsieur Squale. C’est d’ailleurs quelque chose qui m’a d’abord décontenancée, le fait est que l’auteur casse volontairement la trame principale avec de petites trames secondaires qui ne sont pas forcément très pertinentes et nécessaires. Mais on comprend bien que l’auteur a voulu un peu s’éloigner de l’image d’un livre qui ne parlerait que d’une chasse au requin. Pour moi, la deuxième partie est comme une petite pause café avant de commencer le vrai boulot dans la dernière partie. Je savais qu’en lisant le livre, j’allais forcément avoir un univers plus travaillé et riche, et je ne souhaitais pas obligatoirement retrouvé la linéarité du film.
En tout cas, mention spéciale à Peter Benchley pour toutes les phases avec le grand blanc, ça requiert indéniablement une certaine dextérité et imagination pour arriver à décrire, avec angoisse et horreur, le comportement d’un animal qui reste pourtant encore très imprévisible à cause notamment de ses habitudes alimentaires. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle « la poubelle de l’océan ». Ça a nécessité des années de recherches et d’études, mais le résultat est tellement… parfait.



— Un bouquin qui fait peur et en même temps qui fait réfléchir.

— Une plume géniale et effrayante.

— Un récit efficace pour une immersion garantie.

— La cover ne vous file pas des frissons ? Parce que moi... Brrrrr...

— Intrigues secondaires superficielles et pas absolument nécessaires.


Difficile de lire le roman sans penser au film, c’est pourtant ce que j’ai fait. En profitant du fait que cela faisait pas mal d’années que je ne l’avais pas vu et que je ne me rappelais plus vraiment les détails. Du coup, ça a été plus facile pour lire.
C’est vraiment un roman déconcertant et assez effrayant, sans jamais basculer dans le documentaire, ni dans le mélodrame, bien au contraire. Comme je l’ai dit plus haut, c’est un récit efficace qui nous promet des moments de pure terreur tout en nous présentant une société fragile encore en pleine ségrégation raciale… Deux thèmes qu’a priori tout oppose et qui pourtant trouvent leur place dans ce livre. Mais rassurez-vous, la star, ça reste le Grand Requin Blanc.
Et pour ceux qui voudraient absolument parler du film, parce que je l’ai revu dès ma lecture terminée, je dirais que dans l’ensemble, l’œuvre cinématographique respecte les grandes lignes du roman, mais simplifie au maximum son intrigue pour en faire un film accessible au plus grand nombre. Mais les deux sont excellents, il n’y a pas de doute à avoir selon moi.
Et une dernière chose, c’est un roman à ne pas mettre entre toutes les mains, assurément. D’ailleurs, je comprends mieux pourquoi ma mère n’a pas voulu que je le lise à dix ans… ça vaut, tant pour le côté un peu gore des scènes de miamiam crocroc avec Monsieur Squale que pour le vocabulaire parfois un peu cru de l’auteur, surtout par rapport à certaines interactions sociales… voire même carrément la nature de ces interactions sociales…



Un classique à lire



2 commentaires:

  1. Ce n'est pas le genre de livre que j'aime mais la cover est *__*

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    1. Rha oui, la cover fait déjà une grosse partie du travail... O_O

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