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9 juin 2016

Critique #75 : Le dernier voeu — Planquez vos filles et vos sœurs ! Voilà le Sorceleur !


Le dernier vœu
(Sorceleur #1)

ANDRZEJ SAPKOWSKI

Milady, 21 avril 2011

Amazon / Booknode


Geralt de Riv est un personnage étrange, une bizarrerie de la nature, un mutant qui, grâce à la magie et à un long entraînement, mais aussi grâce à un mystérieux élixir, est devenu un meurtrier parfait.
Ses cheveux blancs, ses yeux nyctalopes et son manteau noir effrayent et fascinent. Il parcourt des contrées pittoresques en gagnant sa vie comme chasseur de monstres. En ces temps obscurs, ogres, goules et vampires pullulent, et les magiciens sont des manipulateurs experts. Contre ces menaces, il faut un tueur à gages à la hauteur. Car Geralt est plus qu’un guerrier ou un mage. C’est un Sorceleur. Il est unique.
Au cours de ses aventures, il rencontrera une autoritaire mais généreuse prêtresse, un troubadour paillard au grand cœur, et une magicienne capricieuse aux charmes vénéneux. Amis d’un jour, amours d'une nuit.
Mais au bout de sa quête, peut-être pourra-t-il prononcer son dernier vœu : retrouver son humanité perdue…




C’est embarrassant.
J’ai lu « Le sang des elfes » avant de lire les nouvelles, pensant que ce serait mieux de les lire à la fin, comme je fais avec les autres séries, mais pour le Sorceleur, c’est l’inverse. Pour bien comprendre la saga, il vaut mieux commencer par les nouvelles…
Du coup, « Le sang des elfes » m’a paru un peu compliqué.
Mais j’ai tout de suite rattrapé mon erreur en entamant la lecture des deux recueils de nouvelles : Le dernier vœu et L’épée de la providence.

La plume de l’auteur est très soutenue, et particulièrement riche. Ça peut déstabiliser quand on n’est pas habitué mais je suis complètement tombée sous le charme. Le récit est à la troisième personne et au passé simple. L’organisation de ce premier recueil est assez simple : Geralt, profitant d’un repos mérité au temple de Melitele après une mission éprouvante, se remémore certains événements marquants.

Geralt est ce qu’on appelle un Sorceleur. Je connais le personnage de par le premier jeu vidéo, auquel j’ai joué, mais pour ceux qui ne connaitraient pas, le Sorceleur est un combattant mercenaire, qu’on apparenterait plus à un Chaman, utilisant des élixirs et des herbes afin de vaincre les monstres pour lesquels on le paie plus ou moins grassement.
Geralt de Rivie (Raccourci à Geralt de Riv), de son nom complet, a été abandonné par sa magicienne de mère tout jeune et a été recueilli à Kaer Morhen, ancienne forteresse en ruines où sont formés les apprentis Sorceleurs. Seul un petit dixième de ces gosses survivent aux épreuves et transformations qui font d’eux de redoutables combattants mutants. Chevelure d’albâtre, yeux de reptiles, Geralt est considéré comme un monstre par les trois quarts des gens, et aussi comme un mercenaire à qui on refile le sale boulot par le dernier quart. Il a une philosophie dans la vie : rester neutre. En toute occasion et peu importe comment se porte le monde, il ne veut s’engager pour aucun « camp » et préfère mener sa petite vie tranquille en vivotant, d’un village à un autre, acceptant divers contrats de chasse, et détroussant au passage quelques jeunes filles…
Dans ce premier recueil, principalement centré sur notre Sorceleur solitaire, on rencontre de nombreux personnages secondaires assez importants comme Jaskier, le célèbre troubadour coureur de jupons, la Reine Pavetta et sa fille Calanthe, et bien sûr Yennefer, qui s’avère être l’âme sœur de Geralt.
Yennefer ne m’est vraiment pas sympathique. C’est une redoutable Magicienne, volage, égoïste, narcissique, qui vit dans le déni par rapport à sa condition : les magiciennes sont stériles et ne peuvent donc pas procréer. Il est vrai qu’avec le portrait brossé par l’auteur, et par Geralt, on ne peut que s’imaginer une telle beauté, mais c’est une vraie vipère, qui joue avec les émotions du Sorceleur. Ces deux-là vont se rencontrer, se séparer, se retrouver… et ainsi de suite… Ils ne peuvent être ensemble et en même temps, sont irrésistiblement attirés l’un par l’autre. N’allez pas y voir une marque particulière de romantisme, même si on pourrait (non sans rire) qualifier Geralt de fleur bleue, cette relation est surtout pointée du doigt pour être vouée à l’échec. Comme une sorte de malédiction qui s’ajoute au fardeau déjà bien garni du Sorceleur.

La construction de ce recueil est vraiment bien fichue, ça suit une trame directrice qui permet au lecteur de ne pas se perdre dans les différents récits, et les différents époques surtout.
Il y a assez peu d’action mais je n’ai pas trouvé que c’était vraiment gênant parce qu’il y a tant à apprendre sur cet univers si riche… que les combats passent un peu au second plan. Cela dit, les quelques affrontements sont décrits avec soin et méthodologie, comme pour illustrer l’art du combat des Sorceleurs.
Il y a beaucoup d’humour aussi, et ça, c’est très agréable. Geralt n’en manque pas une, si je puis dire, et avec Jaskier, c’est un véritable duo comique qui se forme. C’est un humour bien souvent potache mais qui se laisse savourer sans gêne.
Et chose à laquelle je ne m’attendais pas, il y a de nombreuses références très claires aux différents contes de fées qui ont peuplé notre enfance. Mais ici, c’est plus… trash, mais également beaucoup plus drôle. J’ai repéré entre autres : Blanche-neige, Rapunzel, La belle et la bête, la belle au bois dormant, Cendrillon…
Ces histoires sont habilement remaniées par l’auteur pour correspondre à son univers et je trouve cela très très réussi. J’ai totalement adhéré.



— Geralt, ce bougre de Sorceleur… neutre.

— Jaskier, du charme, des jolis vers et un petit tour dans le lit des plus belles…

— Un recueil bien construit et très immersif.

— Les prémices de la destinée de Geralt.

— Un univers fantasy dense et sombre.


Excellent.
Impossible de ne pas se laisser happer par cette ambiance et cet univers si singulier, et en même temps riche des codes de la fantasy. Des elfes, des nains, des troubadours portés sur l’alcool et le sexe, des mercenaires et des nobles véreux, des princesses au destin funeste…
Et un Sorceleur qui rase les murs lorsqu’il pénètre dans un village, par crainte d’être lapidé par une bande de fermiers qui pensent qu’il est un monstre, un engeance maléfique qui ne mérite pas de vivre.
Je me suis énormément attaché à Geralt et je n’ai qu’une hâte maintenant, c’est d’en lire plus sur ses aventures et ses malheurs. Et de lire sa rencontre avec Ciri... l'enfant Surprise.



Une mise en bouche particulièrement réussie.



7 commentaires:

  1. Tentant! En plus, j'adore Milady, donc je pense bien me laisser tenté :D

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  2. Dit donc on frôlerai le coup de coeur là non? Très jolie chronique qui donne envie de découvrir ce fameux Géralt, notre Witcher sur la console ^^

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    1. Rhaaa, si, j'abdique...
      Un vrai coup de cœur, c'était tellement bien :3

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    2. MDR j'ai vu ca! Tu les a enchainés les tomes

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  3. Ouais, je me dévoue corps et âme pour cette saga, avec juste une petite entorse pour "Six of Crows". Suis d'ailleurs en train d'en rédiger la critique.
    Mais pour revenir au "Sorceleur", c'est de mieux en mieux à chaque bouquin O.O
    Vais être très triste à la fin, je le sens bien...

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  4. Et moi qui pensais que les adaptations de jeux videos en livre étaient forcément ratées...
    Ton avis me fait follement envie !

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    1. Je suis contente que mon avis te donne envie !
      Mais attention, le jeu vidéo "The Witcher" est librement inspiré de la saga d'Andrzej Sapkowski, et non l'inverse ;)
      Ce n'est pas comme "Assassin's Creed" par exemple, dont les livres sont effectivement des adaptations. =)

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